Par Alexander Merz · Mis à jour le · Informations vérifiées le 14 septembre 2026
La Grande Casserole est la figure la plus célèbre du ciel du nord, et pour la plupart des gens c’est le tout premier dessin qu’ils ont su reconnaître au-dessus de leur tête. Sept étoiles brillantes – quatre qui forment un rectangle un peu de travers, trois qui s’en échappent en une courbe douce – dessinent une forme si mémorable qu’on la retrouve du premier coup après des années sans avoir levé les yeux.
⚡ L’essentiel en bref
La Grande Casserole n’est pas une constellation. C’est un astérisme – la figure brillante de sept étoiles à l’intérieur de la constellation bien plus vaste de la Grande Ourse. On l’appelle aussi le Grand Chariot, et en anglais Big Dipper ou the Plough, la charrue.
Depuis la France, la Belgique, la Suisse ou le Québec la figure est circumpolaire : elle ne se couche jamais, elle est donc visible chaque nuit claire de l’année. Seules sa hauteur et son orientation changent. À 51° N elle passe presque au zénith en mai et frôle l’horizon nord à 18° à peine en novembre.
Son usage le plus précieux, c’est l’orientation. Le bord extérieur de la cuve, Merak → Dubhe, prolongé environ cinq fois, tombe directement sur l’étoile polaire – et l’étoile polaire marque toujours le nord vrai.
Il n’existe aucun signe astrologique de la Grande Casserole : la Grande Ourse se trouve très loin du plan de l’écliptique, elle ne peut donc pas être un signe du zodiaque.

Cet article traite tout ce que l’on demande réellement à propos de cette figure : les sept étoiles avec leurs noms, leurs magnitudes et leurs distances, une recette précise pour trouver l’étoile polaire, un tableau de visibilité mois par mois, la différence entre la Grande et la Petite Casserole, les objets qui valent le détour dans la Grande Ourse – et le nombre étonnant de mythes qui se sont accrochés à ces sept étoiles.
L’essentiel en un coup d’œil
- Sept étoiles : Dubhe, Merak, Phecda et Megrez forment la cuve, Alioth, Mizar et Alkaid le manche.
- Un astérisme, pas une constellation : la Casserole est la partie brillante de la Grande Ourse, qui avec 1 280 degrés carrés est la troisième plus vaste des 88 constellations.
- Visible toute l’année : au nord de 41° de latitude environ, aucune des sept étoiles ne se couche jamais.
- Taille de la figure : environ 25,7° de Dubhe à Alkaid – à peu près deux mains ouvertes et demie.
- Repère numéro un : Merak → Dubhe, prolongé cinq fois, mène à l’étoile polaire et donc au nord vrai.
- Le détail le plus fameux : Mizar et Alcor au coude du manche – le test de vue classique, et en réalité un système de six étoiles.
- Rien n’est éternel : cinq des sept étoiles appartiennent au même courant stellaire ; Dubhe et Alkaid filent en sens inverse. Dans 100 000 ans la figure aura éclaté.
Grande Casserole ou Grande Ourse : pourquoi les deux noms sont justes
« Grande Casserole » et « Grande Ourse » s’emploient l’un pour l’autre dans le langage courant, mais les deux mots ne désignent pas la même chose. La Grande Ourse est l’une des 88 constellations officielles reconnues par l’Union astronomique internationale : une région du ciel aux frontières nettes qui couvre 1 280 degrés carrés – après l’Hydre et la Vierge, la troisième plus vaste de toutes. Outre les sept étoiles brillantes elle contient des dizaines d’étoiles plus faibles qui dessinent la tête, le museau et les trois paires de pattes de l’ourse.
La Grande Casserole, elle, est un astérisme : un dessin d’étoiles frappant, sans frontière officielle, qui existe simplement parce que l’œil humain n’arrête pas de le voir. Il n’utilise que les sept étoiles les plus brillantes de l’ourse. C’est un quartier célèbre à l’intérieur d’une grande ville – tout le monde connaît son nom, mais il n’a pas de mairie à lui.

Pourquoi une ourse, justement ? Le plus remarquable, c’est que des cultures sans aucun contact – en Europe, en Sibérie et en Amérique du Nord – ont vu la même ourse dans ce dessin. Pour les historiens des religions c’est l’un des indices les plus forts que cette interprétation est très ancienne et qu’elle a peut-être franchi le détroit de Béring avec les premiers habitants du continent américain – un mythe vieux de plus de 10 000 ans, peut-être. La longue « queue », que les vraies ourses n’ont pas, trahit le montage : dans beaucoup de versions nord-américaines les trois étoiles du manche ne sont pas une queue du tout, mais des chasseurs qui poursuivent l’animal.
Signe astrologique Casserole : pourquoi il n’existe pas
« Signe astrologique de la Grande Ourse » fait partie des recherches les plus fréquentes sur le sujet, et la réponse honnête est qu’un tel signe n’existe pas. Les signes du zodiaque sont les douze divisions de cette bande étroite du ciel que le Soleil semble parcourir au fil de l’année. Seules les constellations posées sur ce chemin peuvent fournir un signe : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux et les neuf autres.
Or la Grande Ourse se trouve loin au nord, à quelque 50 à 60 degrés de l’écliptique. Le Soleil ne s’en approche jamais. Si célèbre soit-elle, elle ne peut tout simplement pas être un signe du zodiaque. Ce que la Casserole partage avec le zodiaque, c’est un rôle d’orientation – mais ce rôle est géographique, pas astrologique.
💡 En une phrase
Constellation = une région officielle du ciel (la Grande Ourse). Astérisme = une figure marquante à l’intérieur (la Grande Casserole). Signe du zodiaque = une portion de l’écliptique – et la Grande Ourse n’en fait pas partie.
Les sept étoiles de la Grande Casserole : noms et éclat
Les sept étoiles de la Casserole sont toutes plus brillantes que la magnitude 3,4, ce qui veut dire qu’elles restent visibles depuis un centre-ville bien éclairé – c’est la première raison de la célébrité de la figure. Les noms arabes que nous employons encore renvoient presque tous soit à des parties de l’ourse, soit au vieux cortège funèbre arabe que l’on voyait dans ces mêmes étoiles.
| Étoile | Bayer | Magnitude | Distance | Position | Sens du nom |
|---|---|---|---|---|---|
| Dubhe | α UMa | 1,79 mag | env. 123 al | cuve, avant haut | « l’ourse » (arabe dubb) |
| Merak | β UMa | 2,37 mag | env. 80 al | cuve, avant bas | « les reins » |
| Phecda | γ UMa | 2,44 mag | env. 83 al | cuve, arrière bas | « la cuisse » |
| Megrez | δ UMa | 3,31 mag | env. 81 al | cuve, arrière haut | « la racine de la queue » |
| Alioth | ε UMa | 1,77 mag | env. 83 al | manche, intérieur | « la queue grasse » – l’étoile la plus brillante de la figure |
| Mizar | ζ UMa | 2,04 mag | env. 83 al | manche, milieu | « le tablier » – avec sa compagne Alcor |
| Alkaid | η UMa | 1,86 mag | env. 104 al | bout du manche | « le chef », aussi appelée Benetnash |
Deux choses sautent aux yeux dans ce tableau. D’abord, Dubhe n’est pas la plus brillante, bien qu’elle porte la lettre α : Alioth la devance d’un cheveu avec 1,77 mag. Quand Johann Bayer a distribué ses lettres grecques en 1603, il n’a pas classé strictement par éclat mais souvent par position dans la figure – ici numérotée de l’avant vers l’arrière.
Ensuite, cinq des sept étoiles se trouvent pratiquement à la même distance, entre 80 et 83 années-lumière. Ce n’est pas un hasard : c’est le cœur de l’une des découvertes les plus intéressantes sur cette figure, et nous y revenons plus bas dans la section sur le changement de forme.
Étoile de la Grande Ourse : réponses de mots croisés
« Étoile de la Grande Ourse » est une définition classique de mots croisés, et comme les noms sont peu familiers il vaut mieux les trier par nombre de lettres. Voici la liste complète des réponses qui apparaissent réellement dans les grilles :
| Lettres | Réponse | Quelle étoile ? |
|---|---|---|
| 4 | PHAD | forme courte de Phecda (γ UMa) |
| 5 | DUBHE | α UMa, étoile avant haute de la cuve |
| 5 | MERAK | β UMa, étoile avant basse de la cuve |
| 5 | MIZAR | ζ UMa, étoile du milieu du manche |
| 5 | ALCOR | la compagne à côté de Mizar, 80 UMa |
| 6 | PHECDA | γ UMa, étoile arrière basse de la cuve |
| 6 | MEGREZ | δ UMa, la plus faible des sept |
| 6 | ALIOTH | ε UMa, la plus brillante de la figure |
| 6 | ALKAID | η UMa, bout du manche |
| 9 | BENETNASH | second nom d’Alkaid |
Si la définition demande cinq lettres commençant par M, seules MERAK et MIZAR conviennent. Une définition en six lettres avec « la plus brillante » attend ALIOTH, pas Dubhe – un piège dans lequel beaucoup tombent.
Le test visuel Mizar-Alcor : un système sextuple
Au coude du manche se cache le couple d’étoiles le plus célèbre du ciel boréal. Juste à côté de la brillante Mizar (2,04 mag), à 12 minutes d’arc seulement, se tient la nettement plus faible Alcor (3,99 mag). Séparer les deux à l’œil nu signifie que tu as de bons yeux ; les astronomes arabes du Moyen Âge se servaient du couple comme test d’acuité visuelle, et en allemand la petite étoile s’appelle encore « le petit cavalier », parce qu’elle semble monter le cheval qui tire le chariot. En pratique presque toute personne à la vue normale réussit le test, à condition que le ciel ne soit pas trop délavé.
Mizar est entrée deux fois dans l’histoire de l’astronomie. En 1617 elle est devenue la première étoile double jamais résolue au télescope, et en 1889 la première binaire spectroscopique – un couple qu’aucun instrument ne sépare, mais dont la double nature se trahit dans le spectre.
🔎 Une erreur tenace à corriger
Pendant des décennies, livres et sites ont répété que Mizar et Alcor n’étaient qu’une double optique : deux étoiles alignées par hasard, distantes en réalité de quelque trois années-lumière et sans lien. C’est dépassé.
Des mesures publiées en 2009 et 2011 ont montré que les deux sont bel et bien liées par la gravitation. Leur séparation réelle est d’environ 0,28 année-lumière, soit à peu près 17 800 unités astronomiques – large, mais pas infinie.
Mizar-Alcor est donc un système de six étoiles : Mizar est formée de deux binaires (Mizar A et Mizar B, chacune un couple) et Alcor d’un couple de plus. Après Castor dans les Gémeaux, c’est le deuxième système sextuple le plus proche connu. Alcor n’est donc pas une étoile triple, et le couple n’est pas non plus un « amas d’étoiles » – deux affirmations qu’on trouve malheureusement partout en ligne.
La forme de la figure : cuve, manche et dimensions
La figure se compose de deux parties bien distinctes. La cuve est un quadrilatère légèrement déformé fait de Dubhe, Merak, Phecda et Megrez – la casserole en lecture française, la louche chez les Américains, la caisse du chariot chez les Allemands, le soc de la charrue chez les Britanniques. Le manche se greffe sur la cuve et s’élance vers l’extérieur en un arc souple : Megrez, Alioth, Mizar, Alkaid.
Deux mesures angulaires rendent la figure bien plus facile à repérer. De Dubhe à Alkaid elle s’étend sur environ 25,7 degrés. À titre de comparaison, une main ouverte doigts écartés couvre à peu près 20 degrés à bout de bras, et un poing fermé une dizaine de degrés. La Casserole fait donc quelque deux poings et demi de long – nettement plus grande que ce dont on se souvient. Le bord extérieur de la cuve, de Merak à Dubhe, ne mesure en revanche que 5,4 degrés, un bon demi-poing. Cette courte distance est l’étalon le plus utile de tout le ciel du nord.
Un détail surprend souvent : le manche est courbé, pas droit. Cette courbure est précisément ce qui distingue la Grande de la Petite Casserole, dont le manche s’incurve dans l’autre sens – vers la cuve et non à l’opposé. Si tu vois une casserole et hésites sur laquelle tu as sous les yeux, le test le plus rapide est l’éclat : dans la Grande, les sept étoiles sautent aux yeux ; dans la Petite, deux seulement.
Trouver l’étoile polaire : la méthode pas à pas
La Grande Casserole est l’instrument de navigation du ciel boréal. Le mode d’emploi est si simple qu’il se transmet inchangé depuis des siècles :
- Tourne-toi vers le nord et cherche le dessin le plus voyant dans la moitié haute du ciel – sept étoiles brillantes, dont quatre en rectangle.
- Repère le bord extérieur de la cuve : les deux étoiles opposées au point où le manche s’attache. Ce sont Merak (en bas) et Dubhe (en haut).
- Trace mentalement une ligne de Merak vers Dubhe et prolonge-la environ cinq fois leur écart – à peu près 27 degrés, soit deux bons poings et demi.
- Tu y trouveras une étoile isolée, d’éclat moyen, sans voisine brillante : l’étoile polaire, posée presque exactement sur le pôle nord céleste.
- Laisse tomber une verticale de l’étoile polaire jusqu’à l’horizon – cette direction est le nord vrai. Sa hauteur au-dessus de l’horizon donne en prime ta latitude.

Deux erreurs coûtent le plus de temps aux débutants. D’abord, l’étoile polaire n’est pas particulièrement brillante. Avec 1,98 mag elle n’est que la 48e étoile du ciel par l’éclat, nettement plus faible qu’Alioth ou Dubhe. Qui cherche un phare éblouissant cherche le mauvais objet. Ensuite, la Casserole se présente sous tous les angles imaginables selon la saison et l’heure – parfois à l’envers, parfois debout sur la tranche. Le prolongement Merak-Dubhe fonctionne quand même, parce qu’il tourne avec la figure.
Une fois l’étoile polaire trouvée, regarde de l’autre côté du pôle. À peu près à la même distance au-delà, exactement à l’opposé de la Casserole, se dresse le W inimitable de Cassiopée. Les deux figures tournent autour du pôle pendant la nuit, et quand l’une est basse l’autre est haute. Les soirs d’automne où les arbres ou les toits masquent la Casserole, c’est donc Cassiopée qui prend le relais comme repère.
🧭 Le nord sans boussole
L’étoile polaire se trouve à environ 0,7 degré du pôle nord céleste exact – un peu plus d’un diamètre et demi de pleine lune. En pratique cela ne change rien : suis la verticale sous l’étoile polaire et tu marches vers le nord, plus précisément qu’avec une boussole et sa déclinaison magnétique locale.
La Grande Casserole ce soir : visibilité mois par mois
Depuis la France, la Belgique, la Suisse ou le Québec la Grande Casserole est circumpolaire : aucune de ses sept étoiles ne se couche jamais. La question « quand voit-on la Grande Casserole ? » a donc une réponse assez plate – toujours. La vraie question utile est où regarder, car la figure fait le tour complet de l’étoile polaire au fil de l’année et sa hauteur varie énormément.
Le tableau donne la hauteur et la direction du centre de la figure à 22 h locales pour 51° N – la latitude de Lille, de Bruxelles ou de Londres. Plus au nord les valeurs montent, plus au sud elles baissent d’environ un degré par degré de latitude : depuis Paris (49° N) retranche deux degrés, depuis Marseille ou Nice (43° N) environ huit.
| Mois | Hauteur à 22 h | Direction | Aspect |
|---|---|---|---|
| janvier | 34° | nord-est | en montée, manche vers le bas |
| février | 48° | nord-est | bien placée en soirée |
| mars | 62° | nord-est | haute, manche en bas à gauche |
| avril | 71° | nord-est | presque au-dessus de la tête |
| mai | 85° | nord | point culminant – pratiquement au zénith |
| juin | 72° | nord-ouest | commence à redescendre |
| juillet | 56° | nord-ouest | manche pointé vers l’ouest |
| août | 41° | nord-ouest | facile à voir en début de soirée |
| septembre | 28° | nord-ouest | déjà nettement plus basse |
| octobre | 20° | nord | basse ; arbres et bâtiments gênent |
| novembre | 18° | nord | point le plus bas sur l’horizon nord |
| décembre | 23° | nord-est | remonte à nouveau |

En pratique, la meilleure saison pour la Grande Casserole est le printemps, de mars à juin. Elle est alors haute en soirée, bien au-dessus des brumes et des lumières de l’horizon – et elle sert en même temps de tremplin vers les plus belles cibles du ciel de printemps. En octobre et novembre en revanche elle rase l’horizon nord et devient tout simplement invisible depuis une ville ou un balcon orienté au sud. Pour la voir à cette période il faut un horizon nord dégagé, ou la patience d’attendre après minuit qu’elle remonte.
📍 Jusqu’où reste-t-elle circumpolaire ?
Une étoile n’est circumpolaire qu’au nord d’une certaine latitude. Pour Alkaid, la plus méridionale des sept, la limite est 40,7° N – à peu près la latitude de Madrid, de Naples ou de New York. Pour Dubhe, la plus septentrionale, 28,2° N suffisent. Toute la France métropolitaine se situe au-dessus de cette limite (la pointe sud de la Corse la frôle à 41,3°), si bien que les sept étoiles y restent visibles en permanence ; depuis Alger, les Canaries ou la Guadeloupe en revanche, le bout du manche plonge sous l’horizon une partie de la nuit.
Grande et Petite Casserole : les différences
Peu de questions reviennent plus souvent que le rapport entre les deux casseroles. Ce sont deux figures distinctes dans deux constellations distinctes – la Grande dans la Grande Ourse, la Petite dans la Petite Ourse. Toutes deux comptent sept étoiles et partagent la même forme de base, cuve plus manche, mais elles n’ont pas grand-chose d’autre en commun :
| Critère | Grande Casserole | Petite Casserole |
|---|---|---|
| Constellation | Grande Ourse | Petite Ourse |
| Taille de la figure | 25,7° | 16,6° |
| Étoile la plus brillante | Alioth, 1,77 mag | étoile polaire, 1,98 mag |
| Étoiles plus brillantes que 3,5 mag | les sept | deux seulement (Polaire, Kochab) |
| Visibilité depuis une ville | complète | deux étoiles en général |
| Courbure du manche | à l’opposé de la cuve | vers la cuve |
| Contient l’étoile polaire ? | non | oui, au bout du manche |
| Rôle pour s’orienter | repère vers la polaire | contient la polaire |
La différence pratique décisive, c’est l’éclat. La Grande Casserole reste entièrement visible même depuis un centre-ville très éclairé. La Petite disparaît presque : cinq de ses sept étoiles se situent entre la magnitude 3,0 et 5,0 et sont avalées par une pollution lumineuse même modérée. C’est pour cela que le chemin va toujours dans le même sens – on trouve la petite par la grande, jamais l’inverse.
Les confusions viennent presque toujours de quelqu’un qui prend la Petite pour la Grande ou l’inverse. Deux tests fiables : la Grande est environ une fois et demie plus longue, et son manche s’incurve dans l’autre sens. Dans le doute, compte simplement les étoiles réellement visibles – sept étoiles franches, c’est la Grande.
La Casserole comme repère : trois sauts d’étoile classiques
La route vers l’étoile polaire n’est que la plus connue de plusieurs. La Grande Casserole est le tremplin de tout le ciel de printemps, et deux autres moyens mnémotechniques font partie du bagage de tout observateur.
L’arc vers Arcturus et l’Épi
Prolonge la courbure du manche au-delà d’Alkaid en gardant le même arc : après une trentaine de degrés tu tombes sur une étoile franchement orangée, Arcturus dans le Bouvier, la plus brillante de tout le ciel boréal avec −0,05 mag. Continue sur le même arc à peu près la même distance encore et tu atteins l’Épi de la Vierge, blanc-bleu. La formule anglaise dit « arc to Arcturus, then speed on to Spica » – une seule ligne qui t’offre deux étoiles de première grandeur.
La diagonale vers Régulus
La seconde route part dans l’autre sens. Trace une ligne de Megrez à travers Phecda – en diagonale dans la cuve – prolonge-la quatre bonnes fois et tu arrives sur Régulus, l’étoile de tête du Lion. Un troisième saut, moins souvent cité : la ligne de Megrez à travers Merak file vers le sud, en direction des Gémeaux avec Castor et Pollux.

Ces itinéraires sont plus qu’un folklore : c’est la façon la plus rapide de s’orienter sans application. Trouve la Grande Casserole et en deux minutes tu as identifié l’étoile polaire, l’étoile la plus brillante du ciel boréal et deux constellations zodiacales de plus. Une carte du ciel tournante te permet de régler l’orientation du moment avant même de sortir.
La Grande Casserole, c’est le début pour presque tout le monde. Et ensuite ?
Six questions courtes, réponse honnête par e-mail – y compris si des jumelles sont le meilleur début.
Objets de la Grande Ourse : galaxies, nébuleuse, doubles
La Grande Ourse se trouve très loin du plan de la Voie lactée. Regarder dans cette direction, c’est regarder hors du disque de notre propre galaxie – aucune poussière pour masquer, mais une vue dégagée sur l’espace intergalactique. C’est exactement pour cette raison que la Grande Ourse est l’une des régions les plus riches en galaxies du ciel boréal et qu’en contrepartie elle ne contient presque aucun amas ouvert.
| Objet | Type | Magnitude | Distance | Ce que l’on voit |
|---|---|---|---|---|
| M81 (galaxie de Bode) | galaxie spirale | 6,9 mag | 12 millions al | tache floue aux jumelles, noyau brillant dès 10 cm |
| M82 (galaxie du Cigare) | galaxie à flambée d’étoiles | 8,4 mag | 12 millions al | fuseau étroit juste à côté de M81 – les deux tiennent dans un même champ |
| M101 (du Moulinet) | spirale vue de face | 7,9 mag | 21 millions al | très étendue, faible brillance de surface – exige un ciel noir |
| M108 | spirale vue par la tranche | 10,0 mag | 46 millions al | fin fuseau près de Merak, dès 10 cm |
| M109 | spirale barrée | 9,8 mag | 84 millions al | près de Phecda, dont l’éclat gêne nettement |
| M97 (nébuleuse du Hibou) | nébuleuse planétaire | 9,9 mag | env. 2 000 al | disque rond ; les « yeux » seulement dès 20 cm et avec un filtre |
| M40 (Winnecke 4) | double optique | 9,6 mag | – | la fameuse erreur de Messier : il cherchait une nébuleuse et a trouvé deux étoiles |
| Mizar et Alcor | système sextuple | 2,0 / 4,0 mag | 83 al | séparables à l’œil nu ; Mizar A/B dans la plus petite lunette |

Le couple le plus gratifiant est sans conteste M81 et M82 : deux galaxies totalement différentes séparées de 38 minutes d’arc seulement, un bon diamètre de pleine lune. M81 est une spirale de manuel, tandis que M82 est une galaxie à flambée de formation stellaire, où une rencontre rapprochée avec M81 il y a une centaine de millions d’années a déclenché une énorme vague de naissances d’étoiles. Pour les trouver, prends la diagonale Phecda → Dubhe et prolonge-la à peu près d’autant au-delà de Dubhe.

La nébuleuse planétaire M97 se trouve à 2,5 degrés seulement au sud-est de Merak et doit son nom à deux taches sombres qui évoquent les yeux d’un hibou. C’est malgré tout une cible exigeante : 9,9 mag étalées sur plus de trois minutes d’arc, cela fait une brillance de surface très basse. M108 se trouve dans le même champ – deux objets de Messier côte à côte, une entrée en matière très appréciée dans le ciel profond. La troisième galaxie marquante, M101, se tient au-dessus du manche et trompe son monde : sa magnitude totale semble prometteuse, mais elle est répartie sur une surface plus grande que la pleine lune.
Quel instrument choisir ?
Pour la figure de la Casserole elle-même, aucun instrument n’est nécessaire – c’est un objet à l’œil nu, et le test visuel Mizar/Alcor se passe lui aussi de matériel. Dès que les objets de la Grande Ourse entrent en jeu, en revanche, le calcul change. Les jumelles montrent M81 et M82 comme deux petites taches dans le même champ, ce qui est charmant, mais elles restent des taches. Tout ce qui fait l’intérêt de cet article demande du grossissement et du diamètre : séparer Mizar A et B, le fuseau de M108, la structure de M97, le noyau brillant de M81.
Voici donc la recommandation honnête : si tu ne peux acheter qu’un seul instrument et que tu veux vraiment explorer le ciel, prends le télescope ; les jumelles sont le complément, pas le remplacement. C’est doublement vrai pour la Grande Ourse, car ce qui t’y attend est presque exclusivement des galaxies et une nébuleuse planétaire – exactement les classes d’objets où chaque centimètre de diamètre compte.
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La Casserole change de forme
Les constellations semblent éternelles, elles ne le sont pas. Chaque étoile file à travers la Galaxie à sa propre vitesse, et sur des dizaines de milliers d’années cela finit par se voir. Dans la Grande Casserole l’effet est particulièrement bien étudié – et particulièrement spectaculaire.

La raison tient aux liens de famille entre les étoiles. Cinq des sept – Merak, Phecda, Megrez, Alioth et Mizar – appartiennent au courant d’étoiles de la Grande Ourse, le courant stellaire connu le plus proche de nous. Elles se sont formées ensemble dans le même nuage de gaz il y a environ 500 millions d’années et traversent la Galaxie depuis en association lâche. C’est aussi pour cela qu’elles se tiennent toutes entre 80 et 83 années-lumière.
Dubhe et Alkaid n’en font pas partie. Elles sont plus lointaines – 123 et 104 années-lumière – et se déplacent dans une direction pratiquement opposée. Or ces deux-là occupent justement les extrémités de la figure, ce qui a une conséquence assez élégante : les cinq étoiles du milieu conservent leur disposition pendant que les deux du bout s’en vont vers l’extérieur. La Casserole ne devient pas chaotique, elle est simplement étirée.
Dans quelque 50 000 ans la forme familière sera déformée au point d’être difficile à reconnaître. Après une centaine de milliers d’années apparaît une figure entièrement nouvelle qui, avec un peu d’imagination, peut de nouveau se lire comme une casserole – mais en miroir : Alkaid et Phecda forment alors les coins d’une nouvelle cuve tandis que Megrez, Merak et Dubhe composent le manche. Et il y a 100 000 ans c’était l’inverse : la cuve était plus resserrée et le manche plus court.
☀️ Le Soleil fait-il partie du groupe ?
Notre Soleil se trouve par hasard à l’intérieur du volume occupé par le courant de la Grande Ourse, mais il n’en est pas membre : avec ses 4,6 milliards d’années il est environ neuf fois plus vieux que le courant et se déplace autrement. Nous ne faisons que le traverser par coïncidence.
Signification de la Casserole : mythes de quatre continents
Peu de dessins d’étoiles ont été lus de tant de manières différentes. Cela tient à trois propriétés : la figure est grande, elle est brillante, et elle occupe une région vide du ciel où aucun motif concurrent ne vient distraire. Pratiquement chaque culture de l’hémisphère nord lui a donné une histoire.
La légende grecque : Callisto et Arcas
Le récit le plus connu vient de Grèce. La nymphe Callisto, compagne d’Artémis, avait fait vœu de chasteté – et se retrouva pourtant enceinte de Zeus. En punition elle fut changée en ourse. Dans les Métamorphoses d’Ovide c’est Héra qui opère la transformation par jalousie ; dans d’autres versions c’est Artémis qui punit le vœu rompu. Des années plus tard le fils de Callisto, Arcas, croisa l’ourse à la chasse et s’apprêtait à la tuer sans reconnaître sa propre mère. Zeus empêcha le matricide en les plaçant tous deux au ciel : elle en Grande Ourse, lui en Petite Ourse – ou, selon la version, en Bouvier, le gardien de l’ourse.
Un second récit grec, moins familier, prend au pied de la lettre la lecture du chariot. Le berger Icarios avait offert l’hospitalité à Dionysos et reçu en retour le don du vin. Lorsqu’il le partagea avec d’autres bergers, ceux-ci prirent leur ivresse pour un empoisonnement et le tuèrent. En consolation Dionysos plaça son chariot parmi les étoiles.
Plus ancienne encore est la lecture égyptienne : ces mêmes étoiles formaient la « cuisse de Seth » – khepesh ou meskhetiou, la patte avant d’un taureau, une image que l’on suit sur les plafonds de temples jusqu’à l’époque des pyramides. Et dans la tradition rapportée par Ptolémée, le dragon lové autour des pommes d’or des Hespérides voisine avec les trois étoiles du manche, Alioth, Mizar et Alkaid, qui figurent les pommes elles-mêmes, la Petite Ourse tenant le rôle des gardiennes.
Casserole, cercueil et charrue : les noms dans le monde
Quitte l’Europe et le chariot se change en tout autre chose – et les noms en disent long sur la vie quotidienne de chaque culture :
| Culture | Nom | L’image derrière |
|---|---|---|
| France | Casserole / Grand Chariot | la casserole à long manche |
| États-Unis | Big Dipper | la grande louche |
| Grande-Bretagne et Irlande | the Plough | la charrue : cuve en soc, manche en age |
| Allemagne | Großer Wagen | le grand chariot, avec son timon |
| Chine | běidǒu qīxīng (北斗七星) | les sept étoiles de la Louche du Nord |
| Tradition arabe | na‘sh et trois banāt | un cercueil suivi de trois filles en deuil |
| Kirghizstan | sept loups | une meute qui poursuit le cheval du ciel |
| Amérique du Nord | une ourse et ses petits, ou des chasseurs | la cuve est l’ourse, le manche la suit |
| Scandinavie | Karlavagnen | le chariot de Charlemagne, ou celui de Thor |
Le nom arabe explique d’ailleurs les noms d’étoiles eux-mêmes : Alkaid abrège al-qā’id banāt na‘sh, « le chef des filles du cercueil » – d’où le nom alternatif Benetnash. Ce sont le cortège funèbre, et non l’ourse, qui ont donné leurs noms à ces étoiles. La lecture chinoise en louche, elle, est pratiquement identique à l’américaine, alors que les deux sont nées de façon totalement indépendante.
Bible, art et philosophie : la Casserole en Europe
La figure apparaît tôt et souvent dans l’histoire intellectuelle européenne. Homère la mentionne dans l’Odyssée comme « l’Ourse, que l’on appelle aussi le Chariot » – les deux lectures coexistaient donc déjà il y a quelque 2 700 ans. Aristote traite de la constellation et du pôle céleste au livre XII de sa Métaphysique, où la ronde éternelle des étoiles circumpolaires le conduit à l’idée du moteur immobile.
L’Ancien Testament connaît lui aussi la figure. Le livre de Job (9,9) dit que Dieu « a fait l’Ourse, Orion et les Pléiades, et les chambres du midi ». Chez Shakespeare, puis chez Tennyson, l’Ourse représente avant tout l’orientation et la constance – la figure sur laquelle les voyageurs se règlent.
Une curiosité en passant : lorsque Julius Schiller publia son Coelum Stellatum Christianum en 1627, il entendait remplacer toutes les constellations « païennes » par des figures bibliques. La Grande Ourse y devint la « barque de saint Pierre ». Cela n’a jamais pris – l’atlas est aujourd’hui une pièce de collection, et une belle illustration de la ténacité des images du ciel une fois installées.
La signification spirituelle : ce qu’on peut dire
Cherche la « signification spirituelle » de la Grande Casserole et tu trouveras surtout des interprétations invérifiables. Astronomiquement il n’y en a aucune – sept étoiles situées à 80 ou 120 années-lumière n’ont aucune influence sur quoi que ce soit sur Terre. Ce qui se documente très bien en revanche, c’est la signification culturelle, et elle est remarquablement constante : dans presque toutes les traditions la figure représente l’orientation, la constance et le chemin du retour. La raison est parfaitement terre à terre – elle ne se couche jamais et elle indique le nord de façon fiable. Comme motif de tatouage ou comme symbole, c’est de loin la lecture la plus défendable.
Questions fréquentes : réponses rapides
La Grande Casserole est-elle une constellation ?
Non. La Grande Casserole est un astérisme – un dessin d’étoiles marquant, sans statut officiel. La constellation à laquelle appartiennent ses sept étoiles est la Grande Ourse, qui avec 1 280 degrés carrés couvre environ quatre fois la surface de la figure.
Combien d’étoiles compte la Grande Casserole ?
La figure est faite de sept étoiles : Dubhe, Merak, Phecda et Megrez forment la cuve, Alioth, Mizar et Alkaid le manche. Si l’on compte la compagne Alcor à côté de Mizar, cela fait huit étoiles visibles à l’œil nu. Toute la constellation de la Grande Ourse contient une vingtaine d’étoiles plus brillantes que la magnitude 5.
Où se trouve la Grande Casserole ce soir ?
Toujours au nord – mais à des hauteurs très différentes selon la saison. Au printemps tu la trouveras presque au-dessus de ta tête en soirée, en automne basse sur l’horizon nord. À 22 h locales elle culmine en mai vers 85° et descend en novembre à 18° à peine. Le tableau mensuel plus haut donne la hauteur et la direction pour chaque mois de l’année.
Voit-on la Grande Casserole toute l’année ?
Oui. Depuis la France, la Belgique, la Suisse et le Québec elle est circumpolaire : aucune de ses étoiles ne se couche, elle est donc au ciel chaque nuit claire. Au nord de 41° de latitude environ cela vaut pour les sept étoiles. Plus au sud – au Maghreb ou aux Antilles – le bout du manche plonge sous l’horizon une partie de la nuit.
Pourquoi l’appelle-t-on la Casserole ?
Parce que la figure évoque une casserole à long manche : la cuve est le récipient, le manche la queue. C’est le nom familier en français, à côté de Grand Chariot. Les Britanniques y voient une charrue (the Plough), les Américains une louche (Big Dipper) et les Allemands un chariot. Toutes ces expressions désignent exactement les mêmes étoiles de la Grande Ourse.
Comment trouver l’étoile polaire avec la Casserole ?
Sers-toi du bord extérieur de la cuve : prolonge la ligne de Merak à Dubhe de cinq fois leur écart, soit environ 27 degrés ou deux bons poings et demi à bout de bras. Là se tient l’étoile polaire, une étoile isolée d’éclat moyen. Laisse tomber une verticale jusqu’à l’horizon et tu fais face au nord vrai.
Pourquoi presque uniquement des galaxies dans la Grande Ourse ?
Parce que la constellation se trouve loin du plan de la Voie lactée. Regarder de ce côté, c’est regarder hors du disque de notre propre galaxie, sans la poussière qui bloque la vue vers le centre galactique. C’est pourquoi la Grande Ourse est pleine de galaxies comme M81, M82 et M101 mais ne contient pratiquement aucun amas ouvert.
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