
Par Alexander Merz · Mis à jour le · Informations vérifiées le 14 septembre 2026
Astronomes, géologues et collectionneurs privés se passionnent tous pour les météorites. Parmi elles, les météorites de Mars occupent une place à part : ces fragments arrachés à la surface de la planète rouge et retombés sur Terre nous racontent l’histoire géologique de notre voisin, et peut-être même celle de la vie ailleurs dans le système solaire.
⚡ La réponse rapide : Les météorites de Mars sont des roches éjectées de la surface martienne lors d’impacts d’astéroïdes, puis tombées sur Terre. Identifiées depuis les années 1980 grâce à leur composition et aux gaz emprisonnés (identiques à l’atmosphère martienne), elles se répartissent en grands groupes — shergottites, nakhlites, chassignites. On en connaît aujourd’hui environ 300, dont des spécimens célèbres comme Shergotty, Nakhla, Zagami et Tissint 2011.
Qu’est-ce qu’une météorite de Mars ?
Une météorite martienne est un morceau de croûte ou de manteau de Mars projeté dans l’espace par la violence d’un impact d’astéroïde, avant d’errer pendant des millions d’années et de terminer sa course dans l’atmosphère terrestre. Les scientifiques établissent leur origine grâce à deux signatures : une composition minéralogique proche de celle mesurée par les sondes martiennes, et surtout des bulles de gaz nobles piégées dans le verre d’impact dont le rapport isotopique correspond exactement à l’atmosphère de Mars analysée par les missions Viking.
Les grandes familles : shergottites, nakhlites et chassignites
La classification historique repose sur trois pierres fondatrices, réunies sous l’acronyme « SNC ». Chaque groupe correspond à un type de roche et à une profondeur d’origine différente au sein de Mars.
| Groupe | Roche type | Origine sur Mars | Exemples |
|---|---|---|---|
| Shergottites | Basalte volcanique | Surface / croûte récente | Shergotty, Zagami, Tissint 2011 |
| Nakhlites | Cumulat clinopyroxénique | Coulées de lave | Nakhla |
| Chassignites | Dunite (roche de manteau) | Jusqu’à 400 km de profondeur | Chassigny |
Shergotty, la première météorite martienne identifiée
La chute eut lieu en Inde durant l’été 1865, mais il fallut attendre les années 1980 pour que les chercheurs reconnaissent l’origine martienne de cet échantillon de 5 kg. Baptisé « Shergotty » d’après son lieu de chute, il présentait de fortes similitudes avec d’autres roches attribuées à Mars. Les propriétés du corps parent ne furent comprises qu’en étudiant d’autres spécimens, et à mesure que des pierres semblables apparaissaient, elles furent réunies sous le nom de groupe des shergottites.
En 1979, la météorite EETA 79001 (près de 8 kg) fut découverte dans un champ de glace de l’Antarctique. Tombée sur un sol froid, elle n’avait subi qu’une faible altération. C’est son analyse qui confirma que Shergotty et elle partageaient le même corps parent, consolidant définitivement la famille des shergottites.
Chassigny, reconnue tardivement
Tombée dès 1815 près du village de Chassigny, en France, cette météorite fut décrite par des témoins oculaires et auditifs. Sa composition en dunite — une roche de manteau connue sur Terre jusqu’à 400 km de profondeur — indique que la collision qui l’arracha à Mars pénétra très profondément dans la surface de la planète. Fait singulier, elle renferme des gaz nobles différents de l’atmosphère martienne connue, ce que les scientifiques attribuent à sa nature cumulative plutôt qu’à une origine distincte.
La légende du « chien de Nakhla »
La météorite Nakhla tomba en Égypte durant l’été 1911, se fragmentant en une véritable pluie de débris qui sema la panique parmi les témoins. Les plus gros fragments s’enfoncèrent jusqu’à un mètre dans le sol. Selon un fermier de l’époque, un éclat aurait frappé un chien de plein fouet et l’aurait littéralement vaporisé. Personne d’autre n’assista à la scène et aucune trace ne fut jamais retrouvée : ainsi naquit l’une des plus célèbres légendes de l’astronomie.
Au-delà du folklore, l’étude de Nakhla livra une découverte majeure : des processus aqueux ont bien eu lieu sur son corps parent. Des analyses plus récentes y ont même repéré, au microscope électronique, ce qui ressemble à une colonie bactérienne fossilisée — un indice d’une possible vie primitive sur Mars.
Zagami, la plus grosse pierre martienne d’un seul tenant
En octobre 1962, au Nigeria, un scénario digne du cinéma se produisit : une météorite déclencha une puissante explosion qui renversa un fermier situé à dix mètres. Une fois la fumée dissipée, on exhuma à deux mètres de profondeur la météorite « Zagami », pesant près de 18 kg — elle reste à ce jour le plus gros fragment martien d’un seul bloc jamais récupéré. Son analyse a relancé l’hypothèse selon laquelle l’origine de la vie terrestre pourrait provenir d’ailleurs dans le système solaire.
Kaidun et Bassikounou : deux chutes hors normes
En décembre 1980, à Al-Khuraybah (Yémen), alors base militaire soviétique, une pierre de 2 kg tomba sans se briser. Classée « Kaidun », elle ne provient sans doute pas directement de Mars : son corps parent pourrait être l’une des deux lunes martiennes. Les chercheurs ont d’abord soupçonné Phobos, puis Deimos, à cause de minéraux rares dont aucune autre roche connue du système solaire ne présente l’équivalent.
En octobre 2006, la météorite « Bassikounou » tomba en Mauritanie (Sahara) — la neuvième chute martienne observée. Entrée dans l’atmosphère comme une pierre incandescente, elle se brisa en trois morceaux après trente secondes de vol, puis en une pluie de fragments. Les nomades en récupérèrent un peu plus de 3 kg avant que l’armée mauritanienne ne saisisse le reste. L’origine martienne fut officiellement annoncée dans le Meteoritical Bulletin 92 en 2007.
Tissint 2011 : la chute qui a relancé la recherche
En 2011, une météorite apporta un vent nouveau dans les débats scientifiques sur Mars. « Tissint 2011 » tomba au Maroc, dans la région de Tata, sous les yeux et aux oreilles de nombreux témoins. Grâce au climat désertique, les fragments ne s’altérèrent pas dans les semaines précédant leur collecte et échappèrent à toute contamination terrestre : les échantillons parvinrent aux laboratoires dans un état de fraîcheur exceptionnel.
Comme les shergottites, Tissint 2011 provient d’un matériau de surface martien comparable aux roches volcaniques terrestres. Ce qui rend son étude passionnante, c’est la question qu’elle ravive : une forme de vie a-t-elle pu exister sur une autre planète du système solaire ?
Des traces fossiles à l’intérieur de Tissint 2011 ?
En septembre 2012, une publication provoqua un vif intérêt médiatique : le professeur Chandra Wickramasinghe annonça avoir trouvé dans la météorite du carbone et de l’hydrogène dont la production, dans le système solaire, serait exclusivement le fait d’organismes vivants. Comme des traces bactériennes fossiles avaient déjà été signalées dans Nakhla, ces découvertes pourraient suggérer que Mars a connu, il y a plusieurs millions d’années, les prémices d’une évolution biologique — avant qu’une gigantesque collision n’arrache à sa croûte ces météorites et, peut-être, les germes d’une vie naissante.
FAQ sur les météorites de Mars
Comment sait-on qu’une météorite vient de Mars ?
Grâce aux gaz nobles piégés dans leur verre d’impact : leur signature isotopique correspond exactement à l’atmosphère martienne mesurée par les sondes Viking, ce qui exclut toute autre origine.
Combien de météorites martiennes connaît-on ?
On en recense aujourd’hui environ 300, un nombre infime comparé aux dizaines de milliers de météorites connues, ce qui en fait des objets rares et très recherchés.
Peut-on acheter une météorite de Mars ?
Oui, des fragments authentifiés circulent auprès de collectionneurs, mais leur rareté fait grimper les prix bien au-dessus de l’or au gramme. Méfiez-vous des contrefaçons sans certificat.
Les météorites de Mars prouvent-elles l’existence d’une vie martienne ?
Non, aucune preuve définitive n’existe. Certaines contiennent des structures et des molécules organiques compatibles avec une activité biologique passée, mais une origine purement chimique n’est pas exclue.
Quelle est la plus grosse météorite martienne trouvée ?
Zagami, tombée au Nigeria en 1962, reste le plus gros fragment d’un seul tenant, avec près de 18 kg.
